Pour devenir journaliste, faut-il se condamner soi-même ?

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Le titre est équivoque : dans le monde d’aujourd’hui, faire le choix de devenir journaliste, c’est s’ouvrir les portes de certains dangers.

En fin d’année 2016, Reporters Sans Frontières a choisi de s’attaquer à ce sujet, et nous a proposé un film poignant « Quand je serais grand(e) ».

Accompagnée de l’agence BETC, du réalisateur Cyprien Clément-Delmas et du studio de production Caviar, l’association a voulu frapper fort en donnant la parole aux enfants en devenir.

Je tenais à revenir sur ce spot à la fois pour mettre en valeur le travail réalisé par RSF, mais aussi pour observer plus précisément les codes de communication dans un univers communicationnel pas évident : les grandes causes.

38 secondes d’écriture, simplement

Un spot, 38 secondes, et un appel aux dons pour finir. Voici comment pourrait se résumer ce spot qui, autant dans l’apparence visuelle que dans l’écriture, ne nous surprend pas particulièrement.

Mais voilà, « Quand je serais grand(e) », c’est ce genre de spot qui n’a pas besoin de prétentions et d’apparats inutiles. Depuis plusieurs années, Reporters Sans Frontières a compris qu’il ne servait à rien de surenrober un discours sincère et touchant par nature.

C’est pourquoi l’association a choisi de nous délivrer un message simple : dans certains pays être journaliste c’est se condamner. L’absence de liberté d’expression ou la guerre, par exemple, font parti de la gangrène qui a tué 74 journalistes en 2016 dans le monde, parce qu’ils étaient journalistes (ça aurait d’ailleurs pu être un autre axe de communication).

Reporters Sans Frontières nous propose ce message grâce à la voix d’enfants du monde entier, qui se projettent vers leur triste destin en ayant choisi de devenir des journalistes. On sent bien que l’Agence BETC a voulu nous offrir un spot travaillé et profond.

« La vérité sort de la bouche des enfants »

La mise en avant de l’enfant est particulièrement intéressante ici. On le retrouve à la fois victime des horreurs du monde et témoin du triste sort réservé aux journalistes dans certains pays. Porteur d’une innocence touchante, l’enfant représente ici la vérité clamée aux observateurs derrière leurs écrans : « La vérité sort de la bouche des enfants ».

Qui plus est, le choix porté sur la valorisation d’enfants très différents, venus de nombreux pays, nous offre une diversité des voix, des émotions et met en évidence que ce mal ne gangrène pas seulement un pays. Bien entendu, la mise en avant d’enfants pour dénoncer le traitement réservé aux journalistes va en choquer certains. Cependant, cette utilisation est suffisamment subtile et laisse s’effacer l’enfant au profit de sa nature profonde. Ici, l’enfant n’est qu’une figure personnifiant l’innocence, la vérité, la sincérité et la liberté.

Le nouveau spot de pub 2016 de Reporters Sans Frontières

« L’enfant n’est qu’une figure personnifiant l’innocence, la vérité, la sincérité et la liberté. »

Pour finir, faisons un focus sur la bande sonore. N’est-elle pas parfaite ? Ecrasant et oppressant, le son assourdissant prend de l’ampleur tout au long de la vidéo pour finalement terminer seul, comme un silence là où plus personne ne peut s’exprimer et ne peut partager ses idées au public.

Nous avons vu l’enfant, il nous a projeté son destin ; nous terminons dans un vide abyssal matérialisé par… un son.

Pour communiquer sur une grande cause, il faut de l’émotion juste

Vous souvenez-vous de notre article sur la fantastique campagne de Buzzman pour 30 Millions d’Amis ? Eh bien nous revenons à cette campagne à travers le superbe travail de RSF, BETC et consorts.

Nous voici plongés dans une communication sincère, juste, qui ne cherche pas à détourner l’attention par une simple pirouette technique ou des effets spéciaux détonants.

Ici on veut accéder à une pureté rare dans la publicité, et c’est ce que nous offre Reporters Sans Frontières. La volonté de rester sobre accentue davantage cette sincérité et sert le message. Là où certains cherchent à provoquer une réaction du public par le biais d’image chocs et révoltantes, d’autres comme 30 Millions d’Amis et Reporters Sans Frontières proposent une alternative plus soft rendant plus honnête leur discours.

Finalement sans artifices et sans images choquantes, il est plus facile de se concentrer sur le message qui restera en tête, longtemps. Finalement en étant vrai et rempli de sens, il est plus facile de faire passer l’émotion juste visant à toucher.

Le nouveau spot de pub 2016 de Reporters Sans Frontières

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